Lettre-témoignage de Stéphanie (envoyée à l’hôpital), naissance prématurée de son fils Tao

“En premier lieu, je tiens à remercier les personnels de l’hôpital d’A qui ont été humains et dans l’accompagnement. Merci à eux, puissent-ils monter la voie à leurs collègues.

13 avril 2015 : je passe une échographie du 5ème mois avec une sage femme de l’hôpital d’A, celle ci m’a été recommandée. C’est l’après midi et je suis très fatiguée. Le bébé est positionné très bas et cette sage-femme manifeste très vite un certain agacement vis à vis de celui ci car il est difficilement visible et qu’il bouge. En substance voici ses mots: “tu es pénible, arrête de bouger, tu as déjà un mauvais caractère”. “Tu es sot, tu te caches, tu ne te laisses pas regarder”. “Ca promet”. Tout cela dit et répété sur un ton de plus en plus irrité et peu sympathique. Puis elle dit “Oh il lui manque un pouce!”, sur un ton de blague.

Je trouve son humour plus que moyen, et je me dis que ce jour là elle doit être de très mauvaise humeur. J’ai envie mais je n’ose pas lui demander d’arrêter de parler à notre bébé comme celà. Nous sommes en effet sensible au dialogue prénatal et à la douceur vis à vis d’un enfant à naître.

Puis après cette échographie face à laquelle nous sommes déjà bien en réaction et stressés, elle doit examiner mon col et là d’un coup elle ne parle plus du tout pendant 5 minutes au moins, ce qui nous parait une éternité. Elle change de tête, elle a l’air toute angoissée mais ne dit rien. Notre stress monte encore plus. Nous n’osons pas l’interroger et elle nous dit que le col ne va pas bien du tout. Elle est livide. Elle ajoute qu’il est très ouvert, que le bébé est dessus et qu’elle doit aller prendre l’avis du chef de service. Elle revient vite, lui ne se déplacera même pas, nous annonce de but en blanc que je ne peux pas repartir chez moi, qu’ils vont me garder, qu’il n’y a pas le choix, que je ne peux pas faire la route et encore moins continuer à bouger. Une grosse crise d’angoisse pour moi, j’essaye de me calmer à coup d’homéopathie. Elle repart pour voir les détails pratiques et revient à peine 5 minutes plus tard pour nous dire que finalement je peux rentrer chez moi en roulant doucement. Sans aucune forme d’explications! Elle me montre juste comment rester coucher chez moi avec un coussin sous les fesses pour me réhausser pendant une durée indéterminée. Sous le choc, nous ne posons pas beaucoup plus de questions mais nous ne comprenons rien à ce discours qui change d’un coup de façon radicale : rester à l’hôpital puis rentrer chez nous.

Nous avons en tête que le risque est très élevé et nous rentrons dans un stress énorme à la maison sans savoir où l’on va tout en évitant les secousses au maximum.

Le manque d’information, d’accompagnement, de communication, l’absence du chef de service et l’impression d’être lâchés dans la nature avec une bombe à retardement en moi (le risque de perdre le bébé), nous laissent sans voix et épuisés. C’est mon premier contact avec l’hôpital d’A.

Nous nous dirons après coup avec le recul qu’ils ne nous ont pas gardé car le bébé n’était pas viable et qu’ils préféraient que j’aille le perdre ailleurs. Supposition mais qui témoigne d’un vrai malaise et d’un manque de communication affligeants.

Le lendemain nous recevons un appel d’une gynécologue obstétricienne de l’hôpital, elle semble super angoissée au téléphone, nous dit que nous devons téléphoner en urgence à l’hôpital de Saint E., que la sage femme a reparlé de mon cas le matin en réunion, qu’ils sont très inquiets et que je dois absolument aller rapidement à Saint E. pour un nouveau système d’anneau. A la fin elle me dit qu’elle priera pour nous, ce qui est très rassurant.

Le stress de ces 2 personnes ne nous aide pas à avoir confiance et garder un peu de sérénité et d’espoir. Je suis très angoissée, moi qui attend ce bébé depuis 10 ans et qui a déjà vécu une fausse couche. Notre ressenti ne semble nullement pris en compte dans la façon toute abrupte d’annoncer les choses, sans pincettes ni aucune douceur ni écoute. Heureusement que les femmes enceintes doivent être épargnées au maximum de tout stress, surtout pour ne pas perdre encore plus vite ce bébé. Le premier épisode avec l’hôpital d’A. S’arrête là.

La suite se passe le 21 mai 2015. Couchée depuis 1 mois ½, avec un pessaire et un suivi en grossesse pathologique à Saint E., je passe une nuit de contractions très fortes qui me font penser à un accouchement imminent, de plus je perds du sang le matin.

Les pompiers appelés en urgence m’amènent à A., c’est le procédure. Alors que je suis suivie à Saint E. et que si le bébé arrive à 28 semaines, il ne peut pas naître à A. J’aurai dû faire un scandale pour exiger d’aller à Saint E ou y aller avec mon compagnon, mais ma politesse et mon obéissance me font accepter. Je suis mise sous adalate par le médecin en lien avec les pompiers.

A A., une 1ere sage-femme m’examine et me fait rapidement un test du liquide amniotique. Il est négatif. Une gynécologue m’examine aussi avec une échographie pour mesurer mon col. Ele appuie très fort sur mon ventre, alors qu’à Saint E. ils ont toujours dit de faire attention avec les échographies, de ne pas modifier plus le col de façon mécanique, de faire le moins d’examens possibles surtout ceux invasifs par voie vaginale. Je stresse à font et cette gynécologue ne nous décroche quasi aucun mot. Je vois d’ailleurs peu de monde durant ces heures angoissantes d’attente. Les sages-femmes me disent d’attendre. Point. Nous avons l’impression d’être en exil ou dans un hôpital étranger ou seuls au monde. Heureusement une aide-soignante vient me voir juste pour s’assurer de mon bien-être et prendre de mes nouvelles. Un vrai soleil dans cet univers inhumain.

Le lendemain matin, je perds encore du sang et du liquide qui me semble bien être du liquide amniotique. Je le signale à la sage femme qui me visite. Elle a l’air bien embêtée, elle me dit que j’ai déjà eu un test hier, que ce n’est peut être pas cela et que le test coûte cher. Elle rajoute qu’elle ne va pas m’en faire un toutes les 5 minutes! J’hallucine, j’en pleurerais.

Je me sens de plus en plus angoissée et seule au monde, heureusement que mon compagnon et ma mère doivent repasser. Je connais mon corps et je sens bien que ce liquide est du liquide amniotique. Elle finit par revenir avec un test qui s’avère positif. Elle est alors très ennuyée. Branle-bas de combat d’un coup, la gynécologue du jour précédent repasse et m’annonce mon transfert pour Saint E. en urgence. En plus j’ai un rhume depuis plusieurs jours et ils ont détecté dans mes analyses une infection qui les inquiète vraiment pour le bébé. A la place de l’adalate en cachet, ils me le perfusent pour le trajet. Encore un épisode très douloureux sans écoute ni compréhension, ni accompagnement face à la douleur et à l’angoisse grandissante. Les gestes techniques prennent toute la place, où est l’humanité là dedans? …. »

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