Témoignage de Brice, jeune papa d’un garçon et d’un futur bébé pour janvier 2017 – Manque de place du père

Témoignage de Brice, jeune papa d’un garçon de 18 mois né à l’hôpital d’A et d’un futur bébé qui naitra en janvier 2017 (présence de Virginie la maman qui participe à la conversation.) Thème du manque de place du père.

Je ne suis pas de nature craintive, je n’ai pas ressenti de difficultés particulières mais il y a eu des choses qui m’ont dérangé en tant que père. Il s’agit de la considération du couple.

J’ai vraiment ressenti que c’est la femme qui est accueillie et non le couple !

« C’est surtout après l’accouchement, lorsque les soignants, entrent dans la chambre, seule la femme est prise en considération.»

Par exemple, alors que j’avais commandé mon repas, on a oublié de me le donner !  Le service de couchette mis à disposition est très sommaire. Je n’ai pas eu la sensation que c’était la chambre du couple. La femme a son espace et on permet seulement au  mari, qu’il soit présent.  Ce  sont de petits détails logistiques. Il y eut aussi la manière dont les soignants m’ont ignoré. Quand ils arrivent, ils s’adressent uniquement à la femme. J’ai eu l’impression d’être un enfant !

Je ne parle pas du jour de l’accouchement parce que ça s’est finalement bien passé. Les soignants étaient plutôt agréables. J’avais mon appareil photo. J’ai eu là aussi  l’impression d’être pris pour un enfant avec ses jouets personnels. L’hôpital semble formaté pour l’accueil uniquement des femmes et pas du père.

Il manque un dispositif d’accueil pour le mari, pour le père qui veut prendre toute sa place dans un vrai partage et prise de sa responsabilité. Je trouve qu’on déresponsabilise les parents comme si c’était la norme, cela me dérange.

Je l’ai exprimé clairement, en faisant une lettre à l’hôpital !  J’ai été satisfait d’avoir une réponse personnalisée qui m’a donné la sensation d’avoir été écouté.

Nous attendons un deuxième enfant, nous verrons comment ça va se passer. Je pense que je serai un peu plus cinglant, si je vois qu’il n’y a pas de changement !

Je partage un autre ressenti avec Virginie, ma femme, celui de n’avoir pas été véritablement accompagné dans l’allaitement.

L’allaitement est plutôt favorisé à l’hôpital et Virginie a été poussée vers ce choix. Il y a eu des difficultés au démarrage et on nous a demandé de rester plus longtemps à l’hôpital pour les résoudre. On nous avait parlé de tire-lait dont nous n’avons jamais vu la couleur. La journée supplémentaire s’est passée à attendre mais personne n’est venu nous aider. Roméo, notre fils était encore plus affamé. Nous sommes finalement sortis de l’hôpital dans un contexte encore plus difficile, le problème n’ayant pas été résolu.

Nous avons dû faire le choix très rapidement d’arrêter l’allaitement. Virginie était vraiment très mal dans sa peau ! On ne nous avait pas donné les éléments pour faire la transition !

On nous avait expliqué tout ce qui concerne l’allaitement sans vraiment nous accompagner. On ne savait pas comment faire, nous n’avions pas le mode d’emploi !

À l’hôpital le personnel, nombreux, nous entoure plus ou moins. Une fois arrivés à la maison, nous sommes tout seuls. Nous étions vraiment démunis, nous voulions même aller voir un médecin.

Ce qui nous a vraiment aidés c’est la visite de la sage-femme, le lendemain. Elle nous a conforté dans notre choix d’arrêter et de passer au lait artificiel.

Sur d’autres points j’ai  également senti beaucoup d’infantilisation.

Pour le bain de Roméo, une personne m’a montré comment faire. Après que je l’ai fait exactement de la même façon, on m’a dit que je ne devais pas faire comme cela. On m’a renvoyé que bien sûr, étant le père, je ne savais pas m’y prendre, que je n’étais pas doué !

Pour le second enfant quand on me montrera le bain, ayant l’expérience récente de Roméo, je serai plus ferme !

Il y a eu aussi toutes les précautions sur les dangers de la maison.  « Il ne faut pas que papa fasse l’avion, il ne faut pas qu’il fasse ceci, ou cela !» toute méfiance présentée du côté du papa !  Nous sommes partis de l’hôpital stressés alors que ça n’est pas dans notre nature.

Le milieu médical On part du principe que les personnes ne sont pas en capacité de comprendre et de se comporter en adultes responsables !

Il y a eu un enchainement de personnels différents. Cela n’a pas facilité le soutien relationnel enfin affectif plutôt. Avec l’équipe jusqu’à l’accouchement s’est très bien passé. Avec celle d’après l’accouchement rien ne fut adapté. J’ai ressenti encore le manque de considération.

Lorsqu’on nous a demandé de rester une journée de plus, une personne de l’entretien de l’hôpital m’a dit : « Elle le prend mal hein votre femme ? Elle le vit mal votre femme ! » Ce qui n’était pas le cas. J’ai trouvé ça déplacé !

Le passage de la photographe fut désagréable. Elle vient surtout pour les vendre ses photos ! Elle s’est  imposée : « c’est maintenant ou jamais » dit-elle,  alors que Roméo avait 2 jours et commençait à s’énerver. Elle a insisté pour faire 10 photos. C’était vraiment pénible. Finalement c’est moi qui les ai faites !

Au moment du départ, nous sommes allés au rendez-vous de sortie prévu avec la sage-femme de permanence.

Nous étions, avec une autre maman, le papa étant absent. Les questions qui lui étaient posées dans un contexte de chômage assez délicat, ne nous regardaient pas. Nous avons regretté que le rendez-vous soit collectif.

Dans tout cela ce qui fut facilitant, c’est d’avoir beaucoup filmé ensemble, Virginie et moi. On s’est amusé à ce jeu à deux. On a fait un film pendant toute la période jusqu’à l’accouchement, c’était une manière de dédramatiser aussi la situation, de la vivre avec un peu de recul !

L’infantilisation c’est l’élément principal qui m’a dérangé. Les actes et dires des personnels ne prennent pas en compte l’impact que ça peut avoir !

Il y a nécessité d’adapter et d’accompagner psychologiquement les parents en leur faisant confiance, en les rendant autonomes afin qu’ils puissent vivre ce qu’ils ont à vivre !

Je suis en partie impatient de vivre la prochaine naissance pour voir la différence.

Nous serons encore plus affirmés sur ce que nous accepterons ou non !


Laisser un commentaire