Témoignage de Caroline, maman de 3 enfants de 19, 17 et 15 ans

« Les accouchements, c’est loin maintenant. J’essaie aujourd’hui de garder l’esprit positif.  Mais quand je me souviens : mes accouchements c’était des sketches, qui disent bien qu’ils n’ont pas été des parties de plaisir.

Plein de choses m’ont été imposées. À commencer par l’allaitement pour ma première fille. L’allaitement tout le monde dit que c’est merveilleux. Pour moi ce ne fut pas naturel mais forcé. Pourtant au départ je voulais bien essayer. La sage-femme me mettait la petite au sein et elle me labourait le sein pour faire venir le lait. J’eus l’impression d’être une vache dont le lait ne venait pas. La petite hurlait !

Ça a duré 3 jours :  j’avais 2 sons de cloches différents de sages-femmes et je n’arrivais pas à me repérer quoi…Je n’arrivais pas du tout à savoir ce qui était le mieux, le biberon ou le sein…insister ou pas… encore maintenant je sais pas ! 

Pour moi l’image des seins renvoie, à la sexualité plus qu’au fait de nourrir. Pour mon fils, le second c’était clair : c’était non ! Il n’y a pas eu de doutes pour mes deux autres enfants après l’aînée.  Mes choix étaient clairs et décidés. Même si les sages-femmes m’ont mis la pression :

– Vous ne voulez pas allaiter ?  L’échographie dit que votre bébé est tout petit alors vous n’aurez pas le choix ! 

ou bien

– Si jamais vous n’avez pas prévu le lait pour le bébé et que c’est un dimanche, votre bébé peut crever devant la maternité, je ne sortirai pas un biberon !

Ça m’avait scotchée et là, je ne savais plus quoi répondre.  C’est mon mari qui a répondu alors :

– on n’a jamais manqué de croquettes pour le chat on ne risque pas de manquer de lait pour le bébé 

Au final Théo faisait 3kg 600 et ça s’est très bien passé avec le biberon !

Pour mon premier accouchement, on m’avait fait la péridurale un peu tôt, fortement dosée j’ai poussé pendant une heure inutilement. J’ai vécu les forceps comme un arrachement …l’impression qu’ils me retournaient l’utérus…je me suis même demandée s’ils n’enlevaient que le bébé !

Le lendemain j’étais déprimée. C’était un échec pour moi, je n’y étais pas arrivée toute seule. C’est le seul truc négatif vraiment physique qui me reste maintenant.

Pour mon fils Théo, le second, ce qui a été le plus difficile c’était que le terme était dépassé de 10 jours et je me disais qu’il ne viendrait jamais ! Je me souviens encore de ce qu’on me répétait :

– Quand le fruit est mûr, il tombe de l’arbre !  Ben à un moment donné il faut le faire sortir sinon il ne viendra jamais ! 

Je sais bien qu’on est à la campagne !… C’était hyper angoissant ! L’accouchement a finalement été déclenché. Je suis tombée sur une gentille sage-femme, sympa. J’ai eu la péridurale et ça s’est très bien passé. C’était rigolo parce que je lui ai balancé mon placenta sur les pieds. J’ai moucheté la salle, tout le monde a rigolé, l’ambiance générale était très bonne. C’était vraiment cool !

Pour le troisième je n’ai pas eu de péridurale. Je suis retombée sur la « fameuse » sage-femme qui m’avait un prise en grippe !  Elle ne m’a pas bien traitée ! Arrivée la veille parce que j’avais perdu les eaux, j’étais venue tranquillement, après avoir emmené l’aînée à l’école, le petit chez la nounou, et pris un café. Ils m’ont gardée et mis une perfusion. J’ai passé la journée à ne rien faire. J’étais seule, mon mari s’occupait des petits le soir. Ce fut un peu compliqué, pour mettre un pyjama dans les toilettes  d’un mètre carré avec un ventre comme ça, et les fils de perfusion !

Je n’avais pas de contractions, j’ai passé une grande partie de la nuit à bouquiner. Je me suis endormie, la sage-femme est entrée en me disant : 

– Mais qu’est-ce que vous faîtes le bras en l’air ? Faut pas faire ça ! 

Engueulée en pleine nuit ! Moi j’en savais rien, j’étais bien comme ça !

Puis j’ai senti que ça commençait à me travailler, c’était le troisième alors je connaissais le déroulement, c’était le début. À 5 h du matin c’est devenu sérieux, je sentis  les contractions.

La « fameuse » sage-femme était de nuit. Je l’appelle vers 5-6 h, elle regarde ; j’étais à 4 de dilatation ! C’était parti ; l’accouchement démarrait. Je lui ai demandé d’appeler mon mari.

De 6 à 7h   j’ai eu un grand moment de solitude; c’était intense et rapproché, des contractions douloureuses. J’étais en colère contre mon mari qui n’était toujours pas là, alors qu’on était à un quart d’heure de la maison ! Franchement énervée ! Je souffrais ! La sage-femme me dit 

– On va en salle d’accouchement. 

– Mais vous avez appelé mon mari ? 

Elle me répond que oui, à 6h comme je lui avais demandé. Elle rajoute :

– Ben allez, vous me suivez ! 

Vous me suivez ! J’avais vu ma voisine partir en lit et moi, il fallait que je suive, avec mon gros sac, la tête du bébé, presque, qui dépassait, et la sage-femme qui courait dans le couloir…pour rejoindre la salle d’accouchement ! Moi, j’étais toute seule et j’avais mal !

Il était 8h moins le quart ! Et  je courais avec le sac,sur le coup je ne rigolais pas, je me disais : je vais la faire dans le couloir, toute seule… ça commençait à me miner …  Et voilà mon mari qui se pointe : 

– Alors il paraît que tu t’ennuies ? 

– Tu parles ! J’ai l’air de m’ennuyer ? Avec mon sac ?

Il rajoute:  « Quand la sage-femme a appelé, je lui ai demandé si c’était le moment et s’il fallait que je me dépêche elle a dit : «non non ce n’est pas la peine, c’est juste qu’elle s’ennuie !»

Je lui réponds en colère

– Mais quelle bourrique ! Si je t’ai fait appeler c’est que c’était le moment !»

Bon, du coup, il prend le sac, voilà, on essaie de rattraper la sage femme qui partait à toute vitesse. Elle arrive en salle d’accouchement, ouvre la porte et  dit 

– Installez-vous !  (Rires )

La  table était  haute comme ça…

– Là, y a pas le choix, ai-je dis à mon mari, tu vas me porter comme une baleine, tant pis…  je ne peux pas monter ! 

C’est lui, en fait, qui m’a installée. J’ai demandé :

– La péridurale ?

– Oh c’est la troisième, ça passera tout seul ! a répondu la « fameuse » sage-femme

Mais ça n’était pas ce que j’avais prévu !!!

Elle a rajouté  

– De toute façon il va y avoir le changement d’équipe, il est presque 8h »

J’étais bien contente que ce ne soit pas elle qui m’accouche …Donc mon mari m’a installée comme il a pu ! Et pendant ce temps ça y allait, ça y allait les contractions ! Une autre sage-femme est arrivée, ça m’a soulagée. Sinon j’aurais serré, pour que ce ne soit pas elle qui m’accouche ! Là, ça a été hyper rapide, une minute : la petite est née à 8H07 ! Je ne regrette pas parce que finalement j’étais bien, la naissance a été plutôt agréable, même si ça a été un moment plutôt rocambolesque !

Je ne m’attendais pas du tout à ne pas avoir de péridurale ! Personne ne nous parle de l’éventualité de l’avoir ou de ne pas l’avoir ! C’est la surprise ou la panique J’ai été surprise mais pas paniquée! Je suis contente d’avoir vécu sans.

Après la péridurale j’étais en fauteuil et un peu groggy, sans la péridurale j’ai récupéré plus vite !

Si j’avais eu un autre enfant, c’est sûr, je le faisais sans péridurale, parce que finalement je suis capable d’encaisser la douleur. Ça m’a révélée : Je suis capable de bien plus de choses que ce que j’imagine. Je crois qu’après, j’ai relativisé beaucoup de choses par rapport à la douleur ! Avec mon mari on s’est dit que j’aurai aussi bien pu accoucher à la maison. En nous étions restés presque tout seuls dans la salle d’accouchement. La sage-femme est juste arrivée pour cueillir le bébé !

Je trouve qu’on est infantilisée par le corps médical. Pour mon second enfant, pour le change et le bain on m’a considérée comme une novice, comme si je ne savais rien faire alors que j’avais une fille de 2 ans. Je me suis fait engueuler 

– Ha mais non il faut faire comme ça avec le coton.

 Je voulais donner le bain à mon fils, on m’a dit 

– Attendez, on vous montre ! 

Ça n’a pas dû tellement changer en 2 ans, la façon de changer et de baigner un bébé, me disais-je ! J’étais surveillée ! Ça m’a gonflée ! Ils sont très pointilleux !  Ça a été pareil à chaque naissance ! Pour ma fille, la troisième je lui ai dit : 

– T’en fais pas ma poulette, dans 2 jours on sera à la maison et je ferai bien comme je veux !

Ils devraient nous laisser plus libres, plus tranquille !

Avec le recul, je trouve qu’il faudrait donner le choix et le temps. Il n’y a pas assez de sage-femme. Je sais que le coté médical est utile, quand il y a des problèmes, mais il ne faut ne pas surmédicaliser. Par deux fois pour accoucher, je me suis retrouvée avec plein d’appareils, les monitos, des trucs aux doigts, des tuyaux, les bras en l’air… Etait-ce nécessaire ?

Je pense que le jour où mes filles ou mes belles-filles seront enceintes je leur dirai de faire des choix et de s’y accrocher quoiqu’il arrive, parce que finalement c’est ce qui aide à mieux passer les choses…

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