Témoignage de Jacqueline pour la naissance physiologique de ses filles en milieu hospitalier plutôt hostile

Témoignage de Jacqueline : 2 filles, une de 10ans (Maya) et une de 8 ans (Asha) : 2 accouchements physiologiques différents (un à terme et un accouchement prématuré) réussis en milieu hospitalier plutôt hostile…

Extrait audio :

Violentes ou bonnes expériences, parler de son accouchement est tabou.  

J’ai fait l’effort de rechercher des chemins alternatifs et j’ai croisé des témoignages positifs sur la naissance.

Pour ma part j’ai eu des très bons accouchements ! Pas sans difficultés certes !

Il y a un formatage énorme autour de la peur. Beaucoup de femmes entrent dans l’accouchement en craignant le pire.

Or c’est un acte physiologique qu’on a pu réussir, sans grande intervention, pendant des millénaires ! Et là tout d’un coup,  la femme est inapte à le faire. « On » nous met en tête tout ce qui pourrait aller mal…

Par exemple : le truc stressant de mesurer le bassin, si c’est un gros bébé ! On sait qu’en position couchée sur le dos le bassin est le plus fermé !

Moi, j’ai appris que dans une position accroupie, si vous mesurez la distance entre les ischions, il y a  3 centimètres supplémentaires que dans la position couchée sur le dos !

Tout est surveillé quand tu es enceinte : chaque baisse ou hausse de tension, ton hématocrite. Etc.

Dès que le bébé est né on demande : « ça s’est bien passé ? » La question est formatée pour dire oui !

 Super, le projecteur est tourné sur le bébé et tu es là, toi avec des hémorroïdes, tes gencives qui saignent, tu ne peux pas t’asseoir. Etc. Tu ne savais rien de ça ! Sans parler du reste comme l’épisiotomie par exemple !

Mais tout le monde « s’en fout » royalement, alors que tu viens de vivre une expérience énorme dont tu as besoin de parler ! En anglais « to process » signifie : traiter, même si ça a été une bonne expérience.

MAYA

Ainsi, je suis très heureuse de parler de mes accouchements ! J’en ai eu 2, très différents. Le premier en suivi global, avec une sage-femme, qui était un sage-homme : un maïeuticien: Cyril Philippe

On avait prévu un accouchement à domicile. Mes contractions ont débuté à minuit. Il est arrivé à 6h du matin quand ça avait commencé vraiment à s’intensifier. Il a dit « houlala, ta tension est assez haute, on va surveiller et attendre une heure. Ma tension n’a pas baissé. Il a fallu  partir à la clinique où Cyril avait accès à un plateau technique, de l’autre côté de Lyon.

J’ai fait très rapidement le deuil d’un accouchement à domicile.  Là où ça s’est compliqué c’est que Maya avait choisi d’arriver le jour d’une grève nationale ! C’était une de ces grèves où tout le monde participe ! Pas juste 20%, non tout le monde ! Les routes étaient saturées. Un trajet qui aurait dû prendre 25 minutes, a pris une heure trente. J’étais déjà à 3 cm quand on est parti. J’ai fait tout mon travail sur le siège arrière d’une 205 avec espace minimal pour bouger !  Après coup, je me suis demandée pourquoi j’avais gardé ma ceinture ? Franchement en roulant au pas sur le périph j’aurai pu baisser les sièges et être à quatre pattes ! J’aurais accouché dans la voiture si j’avais eu plus de mouvement ! J’ai géré mes contractions dans le micromouvement toujours en gardant mobile mon bassin.

Nous sommes enfin arrivés. Il n’y avait pas de salle d’accouchement de libre, il fallait patienter. Ils m’ont mis dans la salle d’attente. À ce moment-là, j’ai vraiment perdu tout espoir. Je m’étais préparée au pire : comme faire caca devant un public par exemple, mais pas du tout à me retrouver en plein travail à 10 cm, dans une salle d’attente publique avec des gens qui prenaient des cocas à la machine pendant que moi j’étais à quatre pattes avec une grosse tâche sur mon pantalon, en meuglant ! J’aurais mieux aimé être dans un placard à balai que d’être devant tout le monde !  Je me suis dit : je vais être la seule patiente de Cyril qui n’arrivera pas à accoucher naturellement et ça va être une césarienne, une anesthésie générale, je ne vais jamais y  arriver. J’ai vraiment perdu l’espoir.  Enfin on a libéré une salle.

Dès que j’ai pu entrer, j’ai arraché mes vêtements. Il a fallu mettre un monitoring. Je n’en pouvais plus ! Je voulais juste accoucher ! Je ne voulais pas être à l’intérieur dans une pièce sans fenêtre, je voulais être dehors, j’avais trop chaud, je pense que ma forte tension me faisait bouillonner !… J’étais à nouveau contrainte, avec ce monitoring de rester couchée pendant peut être 15 minutes !

Quand il l’a enlevé, je me suis mise debout. J’ai eu l’impression que j’allais me fendre en deux comme une pêche. Je commençais à monter sur la pointe de mes pieds pour m’éloigner de la douleur. Vincent, mon mari et Cyril tenaient mes pieds sur le sol. Cyril m’a dit : « Jacqueline il faut commencer à faire les sons !» Il m’avait appris qu’il ne faut jamais pousser parce qu’en poussant on inhibe le réflexe d’éjection du bébé. Ce qu’il faut faire plutôt : c’est ouvrir le diaphragme en faisant des sons : non pas des sons hééééé (voix de tête) comme on voit toujours à la télé, mais des sons HEUUUUU, bien profonds !

J’avais ces deux mecs à mes pieds qui faisaient « HEUUUU » comme des moines tibétains ! Je me souviens comme je roulais mes yeux ! « C’est n’importe quoi, quels cons ces deux là ; faire des sons, ils sont débiles ! »

Finalement j’ai fait comme eux et alors j’ai senti Maya qui est descendue d’un cran. J’ai continué à faire des sons. J’avais des sensations de bouchon de champagne. Ça s’est fait en trois coups. D’abord j’ai senti comment elle s’est dépliée un peu et elle a poussé, au deuxième coup elle a déplié complètement ses jambes et au le troisième coup, elle est sortie !

On a été vraiment tranquille avec Maya qui nous regardait avec un regard tellement profond !  C’était incroyable !  C’était un très bel accouchement !

ASHA

Un peu moins de 5 ans plus tard j’ai eu Asha. Depuis le début ça s’est annoncé différemment.  L’échographie du 5° mois, a décelé un intestin bloqué. Ce qui impliquait que je devais accoucher dans un hôpital de niveau 3, afin qu’elle soit opérée dès la naissance. Il n’a pas été possible que Cyril vienne malgré mes négociations  avec l’hôpital! J’étais partie sur une trajectoire totalement différente, même dans la préparation de l’accouchement, Cyril en a vraiment tenu compte : il savait que je ne pourrais pas prendre les postures qui accompagnent et facilitent  les contractions. Il m’a montré plein de choses que je pouvais faire si j’étais collée à un lit. Cette grossesse fut compliquée sur plusieurs niveaux.

Ce fut un cauchemar avec ce qui passait dans mon couple: des adultères multiples !….

Le jour de la fête des mères, j’étais à 7 mois et demi de grossesse, je me sentais bizarre toute la journée, j’ai perdu les eaux vers 4h et demie et elle est née vers 22h20… Ce fut un départ en panique à l’hôpital. Nous n’ étions pas  du tout préparés !

J’ai commencé à avoir des contractions assez régulières ; toutes les 5 minutes à peu près. Un médecin est venu m’ausculter. Je me souviendrai toujours de sa tête car j’ai beaucoup de colère contre cet homme ! Il est arrivé avec ses 3 internes et m’a fait un toucher vaginal. Je vais dire  quelque chose d’important: Cyril, le sage-homme dont je parle plus haut, est la seule personne qui m’ait fait un toucher vaginal et qui a eu, ce que j’appelle la courtoisie basique, de dire : « Je peux ? » avant de mettre ses doigts en moi ! « Je peux ? »  Ça parait peu de choses mais en fait ça n’est pas peu de choses ! Et il ne le faisait pas à gogo systématiquement ! Jamais, jamais ! Si j’avais dit non il aurait respecté ça !

Et ce mec là, ce médecin, il y va franco, sans jamais dire un « je peux, excusez-moi, vous êtes prête ? »  Rien ! Et le  comble, il  a ses doigts en moi, et  dit : « bon je vais rester là jusqu’à la prochaine contraction. » Nous étions 6 dans la pièce et je me souviens de nos regards gênés ; personne ne sait où regarder ! Puis son téléphone, dans sa poche, commence à sonner. « Il ne va quand même pas répondre ! » me suis-je dit. Il demande alors à son interne de prendre le téléphone pour lui. Il répond donc à quelqu’un au téléphone, avec ses doigts en moi. Quelle énorme goujaterie ! Au moment de la contraction il se met à dire : « si vous n’avez pas des contractions toutes les 3 minutes, d’ici une demi- heure, je vais vous déclencher. » Je réponds : « je vais le faire, je vais y arriver » J’avais perdu les eaux 2h et demie avant, on n’était quand même pas à 2 mn près ! Mais non il était pressé ! C’était un dimanche soir. Il y avait moins de médecins ! Et puis il y a eu plus urgent que moi. On  m’a laissée tranquille en me parquant dans une pièce.

Une seule sage-femme gérait 5 femmes. Evidemment toutes reliées au même monitoring.

Ça faisait bip bip dès que je bougeais ! Vincent a regardé comment l’éteindre dès que ça sonnait.

Malgré tous mes mouvements, allongée; je sentais que j’avais besoin d’être debout. Tout mon corps criait : « DEBOUT DEBOUT DEBOUT » et j’étais couchée ! C’était très difficile alors je faisais des sons. Cela a avancé très très rapidement le travail.

Ils m’ont alors encore déplacée. Un anesthésiste est venu pour me vendre  sa péridurale ! « Non merci, je pense que je peux accoucher naturellement. Je n’en ai pas besoin. » ai-je dit.

En changeant de pièce j’ai rusé pour être debout le plus longtemps possible, afin d’avoir le maximum de contractions parce que j’ai senti que c’était des contractions utiles. Tout ce que je faisais couchée était inefficace.

Et là dans cette deuxième pièce, j’ai continué vraiment à perdre tout espoir. J’ai senti que je savais comment faire. Mais  ligotée à un lit, je n’allais pas pouvoir faire ce que je savais faire… J’ai demandé à Vincent : « va leur dire que j’accepte leur péridurale parce que s’ils m’obligent, à faire comme ça, c’est insupportable ! »

Je voulais avancer et je ne pouvais rien faire.

Et puis j’eus une idée, je vais dire j’ai besoin d’aller aux toilettes ! Quelqu’un est venu me détacher et j’ai eu 5 ou 6 contractions debout  hautement efficaces.

Quand je suis revenue, la sage-femme a constaté que j’étais à 10 cm ! Ils voulaient me faire aller en fauteuil roulant à la salle de naissance. J’ai refusé énergiquement. Tout ce que je voulais c’était être verticale !

Moi qui suis quelqu’un qui n’entend pas son corps d’habitude, là c’est comme s’il me criait, en majuscule : « DEBOUT JACQUELINE ! DEBOUT »

Et la sage-femme ; la première personne vraiment accueillante, Juliette, est arrivée. Elle a vraiment été rassurante. Elle nous a permis de redresser complètement le haut du lit. Donc tout mon corps à partir des genoux, était vertical !  Ce fut une énorme avancée sur le reste de cet accouchement ! J’ai dû passer, peut-être, seulement dix minutes dans la salle.

Il était inutile de me coacher : enfin on me laissait faire ce que, honnêtement, je savais naturellement faire !

Ça avançait super vite et j’utilisais le seul outil de Cyril : faire  des sons. Là je me suis déchaînée ! Je le faisais pendant les contractions pour vraiment aller au bout et ouvrir au maximum.

Alors  j’ ai entendu  derrière moi : « Vous faites très bien madame ! »

Et là tout d’un coup le fait de me vouvoyer et de m’appeler madame alors que j’étais dans une posture où mon intimité était plus qu’exposée, m’a fait rire !

 Je sais qu’en Angleterre on utilise des mots plus intimes comme : « Allez ma cocotte, allez ma chérie, vas y ma belle ! »

J’ai voulu répondre : « Appelez-moi Jacqueline ! » Sauf que c’est arrivé au moment d’une contraction ! Du coup ce qui est sorti  de ma bouche ce fut un : « APPELEZ MOI JACQUELINE ! »  avec une voix de mec,  une voix basso profondo !

Tout le monde a éclaté en rire. Et au moment où j’allai  dire ensuite: « Arrêtez de me vouvoyer ! » je n’ai pu le faire parce que Asha est arrivée si vite après ce grand coup de rire et d’ouverture ! J’ai vraiment eu la sensation qu’elle est passée à travers mes os. Elle pesait 2kg 5 alors qu’elle était  prématurée de 7 semaines !

Elle est sortie super vite. Je l’ai eu dans mes bras peut-être 3 secondes parce qu’ils me l’ont enlevée à cause de grosses difficultés de respiration. Je me suis retrouvée seule dans cette pièce, sans pouvoir  bouger pendant 2h !

Ensuite j’ai eu une chambre à la maternité, avec un lit, une table à langer, la petite bassine pour laver bébé. Et moi j’étais toute seule ! Chaque fois que je devais sortir de ma chambre, je rasais les murs et je regardais le sol pour ne pas croiser quelqu’un avec un bébé !

Et « les cons » qui ont débarqué  avec les paquets cadeaux roses ou violets, en voyant qu’il n’y avait  pas de bébé, ont fait demi-tour. Il y eut, beaucoup de choses, comme ça, assez violentes.

Vincent est venu me dire : « Dis donc t’as fait jazzer tout le service, tout le monde parle de toi ; ils ont dit que tu accouches comme une africaine ! » J’ai eu ma petite fierté d’avoir eu un accouchement que moi seule avait  choisi, dans un hôpital niveau 3 ! Ce fut  grâce à cette Juliette qui m’avait  permis d’être dans cette position-là. Ce fut un énorme cadeau.

Il me semble que la femme doit avoir confiance dans ses capacités. Les sages-femmes ou le personnel, ne peuvent pas faire confiance à une femme qui n’a pas confiance en elle. Si le personnel n’a pas confiance, ça se transmet à la femme. Moi j’ai pu contacter ma puissance de femme, chaque fois que j’ai accouché. J’ai vraiment senti que je savais comment faire ! C’est un acte physiologique dont toute femme est capable.

J’avais été préparée à l’idée que accoucher est un acte  initiatique. On sort toujours différent d’une initiation  Après chaque désespoir ressenti, j’ai pu rebondir, parce que je savais que ce désespoir là, faisait partie du processus !  ce qui survient naturellement à 10 cm de dilatation. C’est un peu comme monter sur scène ! T’as une trouille totale !  Comme j’y avais été préparée, je n’ai pas eu peur !

C’est important pour les femmes d’être prêtes à démolir leurs idées préconçues.

J’entends parfois des femmes rester bloquées sur l’idée d’accoucher dans un bassin avec des dauphins par exemple, or c’est dans leur bassin à elles qu’elles vont accoucher d’abord !

On m’avait transmis l’idée vitale qu’ on accouche à un seul endroit : dans le corps !

Et puis dans le monde médical, je n’ai rencontré que des sages-femmes sympas qui doivent gérer 5 femmes à la fois ! Comment elles font ? À part les mettre toutes dans la même pièce. Et encore, c’est ingérable si elles ne se reposent pas  sur des machines, très anxiogène, qui font faire Bip Bip, bip, Bip. Les médecins sont les plus lents à changer !  

Comme on ne contrôle ni les saisons, ni la nature on ne peut pas contrôler l’accouchement. On peut être préparée à ce que tout arrive, mais pas le contrôler !

C’est le grand travail qu’il y à faire dans le corps médical : pouvoir faire confiance.

 Je crois que ce sont les meilleures expériences de ma vie, l’accouchement. J’ai senti ma puissance, ma force. J’en suis sortie comme si j’étais passée par les grands rouleaux, tu sais pour laver la voiture !  Ça te prépare à ce que c’est d’être maman !

Mes filles adorent m’entendre raconter leur naissance, cela leur apprend aussi qu’elles sont faites pour accoucher !

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