Témoignage de Stéphanie, « femme distilbène », qui raconte son second accouchement par voie basse

 

« J’ai accouché par césarienne, pour mon premier fils, parce que je n’avais pas les hanches assez larges pour faire passer un bébé par le siège. » Et puis plus tard vint Simon.

J’étais considérée comme grossesse à risque : étiquetée femme distilbène: mon col était tout petit. J’ai donc été très suivie pour mes deux grossesses. Le risque de perdre le bébé était grand.

Dans la nuit du 27 au 28 mai j’ai perdu les eaux. Je me suis rendue à la maternité de la CR (nom masqué par les administrateurs du blog)

Le travail a commencé. C’était très douloureux, j’étais ouverte à 3. J’avais de très grosses contractions, mais on m’a refusé la péridurale. Les sages-femmes ont déclaré que c’était impossible parce que j’avais accouché par césarienne 21 mois plus tôt. Cela risquait de « faire péter» le placenta. A 7 h du matin, mon col ne s’ouvrant pas, on m’a mise dans une chambre partagée, c’est-à-dire avec une autre femme qui avait accouché et qui recevait des visites.

J’essayais de rester digne. Je hurlais intérieurement et gémissais beaucoup. C’était le 28 mai férié. Il y avait beaucoup de va et vient. Ça a duré toute la journée, j’ai finalement eu la péridurale en début de soirée. J’ai été piquée 2 fois parce que la première n’avait pas marché. Dans la nuit on m’a mise en salle d’accouchement. 24 h s’étaient écoulées depuis mon départ de la maison. J’étais fatiguée, j’ai essayé de dormir cette deuxième nuit. On a mis de la musique pour être tranquille.  Vincent était avec moi.

La matinée s’est écoulée, je n’avais toujours pas accouché !  J’avais des monitorings, plein de trucs autour de moi. On m’avait incitée à  expulser. En vain ! Vers midi, quelqu’un est venu me dire : « Bon maintenant si vous n’accouchez pas dans le quart d’heure qui suit…(ça faisait 36 heures que j’avais perdu les eaux) on passe à la césarienne ! »

Du coup, je me suis entretenue avec mon bébé : « on n’a pas fait tout ça pour une césarienne hein ? Donc, faut y aller ! » J’étais très fatiguée, la veille les contractions avaient été très douloureuses, je voulais que ça cesse.

Finalement Simon est né vers 13h. Je ne l’ai pas gardé longtemps sur moi. Ils me l’ont tout de suite pris, parce que le placenta n’avait pas été expulsé. La sage-femme a mis la main dans mon vagin pour récupérer ce qui devait être récupéré. Elle n’y est pas arrivée, elle a appelé une deuxième personne qui est venue mettre sa main…. Et qui n’y est pas arrivée non plus… donc j’ai eu droit à une troisième main !

Alors je leur ai dit : « Non mais ce n’est pas un spectacle ici ! » Mais comme je savais que j’avais été à risques…que je n’avais pas de maturité… Face à la blouse blanche, je n’ai pas été à l’écoute de mon corps…. Je le leur ai dit en rigolant, mais ça m’a excédée.

Du coup j’ai eu droit à l’interne de service qui a déboulé. C’était un black, grand, baraqué… C’était le quatrième !

J’ai dit : «on va peut-être arrêter là ?» Je l’ai vu enfiler de grands gants… J’ai eu l’impression d’être une génisse…Juste l’impression d’être un morceau de chair ! 4 personnes pour aller retirer le placenta. Je ne me suis pas sentie très respectée…

J’ai passé la nuit à l’hôpital et je suis sortie. Les jours ont passé. Je n’avais eu que l’expérience de la césarienne. J’ignorais comment cela se passait pour les saignements après un accouchement par voie naturelle. Je savais seulement que c’était normal de perdre du sang. Après 10 jours, c’est devenu une hémorragie. J’ai téléphoné à mon père médecin, qui m’a dit de retourner à l’hôpital. Là, ils ont fait une échographie :  il restait du placenta ! Du coup ils m’ont gardée, m’ont fait une anesthésie générale et j’ai eu droit à un curetage !

J’étais un petit peu en colère ! Ils ont été 4 à passer! J’avais l’impression d’être… C’est pas tant d’être violée… d’être le cas d’école…Ils n’ont pas fait leur boulot ! C’est moi qui en ai fait les frais, 10 jours après, avec une anesthésie générale !

En premier lieu, je voulais faire un procès au service, pour faute parce que il y a eu faute professionnelle. Laisser du placenta, alors que visiblement il y avait un petit souci à la base. Ils le savaient tous…Et puis je me suis dit : il faut trop d’énergie pour ça.  Mais ça me laisse un goût amer…

Si c’était à refaire, je ne laisserais pas rentrer, comme ça, les mains des soi-disant professionnels. Je serai plus respectueuse de moi et moins dans l’urgence. C’est vrai qu’après 36 h, j’avais envie que cela cesse.  Je serais plus attentive, plus respectueuse. Je placerais des limites face au corps médical. S’il y a un doute, je ne sortirais pas de l’hôpital sans demander de vérifier avec une échographie s’il tout a été enlevé.

Je n’accepterai pas non plus d’être dans une chambre partagée alors que j’avais besoin de me « lâcher » d’être dans un lieu où j’étais seule et de ne plus en bouger si j’en avais envie. Je n’ai pas su exprimer ce que je ressentais, de quoi j’avais besoin, ni de quoi j’avais envie.

Cela a cassé le temps de recueillement, le temps de préparation de l’enfant et de sa maman ! Je n’ai pas su faire face au corps médical.

J’étais déjà tellement contente de pouvoir porter un bébé, il ne fallait pas que je sois  trop exigeante. C’était déjà miraculeux pour moi d’être arrivée à tomber enceinte, d’avoir tenu 9 mois, de pouvoir enfanter compte tenu de mon problème ! Accoucher par césarienne (qui s’était très bien passée la première fois) ou par voie naturelle, c’était égal.

Ce qui m’a aidée pour la naissance de Simon, c’est la présence de Vincent, de sa main que je n’ai pas lâchée. C’est écouter de la musique.

Je n’avais pas besoin de communiquer qu’avec d’autre que Vincent et Simon. Le fait d’être coupé du reste du monde c’était bien. Pas de téléphone…Rien.  Ce qui a d’ailleurs, inquiété la famille. Ils n’ont pas eu de nouvelles pendant pas mal de temps. Ils se sont posé des questions. En général quand on part accoucher, on donne vite des nouvelles. 36 heures c’est long.

Ce fut aidant pour moi, ma manière de vivre ce temps particulier. Voilà….  

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